Centre LGBT Paris-ÎdF, le Centre Lesbien, Gai, Bi et Trans de Paris et Île-de-France

Fille à bédés et fière de l’être

 

Par Catherine (mai 2011)

A la Mecque de la BD, c’est une fille qui s’est illustrée cette année, une fille avec une bande dessinée de fille qui découvre qu’elle aime une fille : avec Le bleu est une couleur chaude , Julie Maroh a remporté le prix du public du festival international d’Angoulême 2011 et le L de LGBT en BD s’est dressé.

Certes, nous avions connu des précurseures.
Nous nous étions d’abord jetées sur Alison Bechdel. Elle nous croquait toutes, lesbiennes blanches et de couleurs, féministes, butches, militantes, intellectuelles, branchées, amoureuses et enceintes. Dès le milieu des années 1980 aux Etats-Unis et à partir des années 1990 en France, ses Lesbiennes à suivre nous permettaient de nous reconnaître en bandes dessinées et de pratiquer notre humour favori, l’autodérision. Le trait nerveux et le ton évoquaient l’Agrippine de Claire Bretécher, mais justement cela nous avait laissées comme frustrées.
A l’aube des années 2000, Le Monde de Jane de Paige Braddock s’inscrivait dans cette même lignée qui nous faisait renouer avec les comic strips de notre adolescence. Cependant la nostalgie ne saurait nous combler et nous sommes un peu restées sur notre faim là aussi. Entre-temps, flattant notre intelligence mais beaucoup plus confidentielles, Les Marsouines d’Arbrelune et Jour de pluie avaient tenté de politiser nos consciences à la française…

En pleine déferlante de mangas, nous avons alors découvert l’épure japonaise : Erica Sakurazawa avec Entre les draps , Kiriko Nananan avec Blue et surtout Ebine Yamaji dont la grâce n’a pas faibli depuis Love my life jusqu’ Au temps de l’amour .
Plus elliptique encore, La p’tite Blan laissait courir sa mine dans le milieu parisien depuis quelques temps déjà, répandant ses bulles facétieuses et minimalistes à l’extrême en avant-goût à la série des Coming Soon / Out / Back , quand, en 2008, nous avons soudain éprouvé un coup de cœur pour une Indienne : Kari d’Amruta Patil. Nous trouvions là une patte qui n’était pas celle d’une dessinatrice agile et incisive, ou pleine d’aisance lisse et à l’emporte-pièce, mais plutôt celle d’une plasticienne inventive n’hésitant pas à explorer divers moyens et outils. Le trait, l’aplat, l’encrage ou la mise en couleur un peu sages auxquels nous étions habituées étaient remplacés par une matière vibrante, des noirs puissants et saturés, une densité expressive et décorative. De surcroît, l’écriture ne manquait ni d’esprit ni d’une poétique et sensuelle saveur.

Quelques autres créations signées Lisa Mandel, Hélène Georges, Soizick Jaffre ou Cab figuraient bien encore au paysage de la bande dessinée lesbienne – j’entends par là ni un genre, ni un style, encore moins une niche ou une cible, mais un thème et une présence manifeste. Néanmoins Kari en demeurait l’horizon, en tout cas pour moi, jusqu’à ce qu’un des grands éditeurs français de BD, Glénat (également éditeur de Ralf König), publie Le bleu est une couleur chaude.

D’emblée le titre met la puce à l’oreille. On devine qu’on a toute chance de dénicher là-dessous une belle sensibilité graphique en même temps qu’une personnalité qui s’affirme dans sa singularité. Au regard des formats compacts des mangas et mini de La p’tite Blan, ou des webcomics, c’est pourtant d’abord un objet d’aspect assez traditionnel que l’on découvre : de taille un peu plus que A4, avec une mise en page classique où les cases se succèdent de manière usuelle selon quelques compositions de base. Puis vient la rencontre avec les crayonnés et les lavis. Des grisés aux bleuâtres, ils répandent une brume humide et hivernale sur les planches, une tonalité de désolation que confirment immédiatement les personnages et le scénario : une jeune femme, Clémentine, vient de décéder. Alors, en quelques vignettes, on entre dans le vif du sujet : le bleu, ce bleu presque cyan qui fut pour Clémentine adolescente le signe de son désir, la teinte de l’érotisme, la couleur des battements de son cœur – une couleur chaude donc, en dépit des conventions qui la classent froide, comme un clin d’œil à l’ « inversion ». Et quand cette couleur quitte la palette de Julie Maroh, le cœur de Clémentine s’arrête.

Conduite par ce fil bleu symbolique, je me suis laissée emportée… Et si je regrette la tristesse qui imprègne cet album, je me suis vraiment réjouie qu’il ait reçu une des reconnaissances les plus valorisantes du 9e art, d’abord d’un point de vue artistique, ensuite et bien sûr du point de vue militant.

Ici je m’efface : pour aller plus loin, rendez vous au rayon bande dessinée de la bibliothèque et sur le site de l’association LGBT BD qui recense et commente de nombreuses productions classées par auteurs ou années.



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