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Jocelyne François : romans de mémoire

 

Par Antigone (mai 2013)

Jocelyne François est née à Nancy en 1933. En 1980, elle obtient le prix Femina pour son troisième roman, Joue-nous « España ». Jocelyne François écrit des romans et poèmes dans lesquels sa propre réalité est très prégnante. C’est sa vie qu’elle raconte, ou celle de ceux qui la touchent, mais travaillée par le prisme de sa propre mémoire. Son travail est très riche et complexe. Jocelyne François, depuis des années, construit dans le silence et la lenteur, une œuvre dont la beauté renoue avec le silence assourdissant des cathédrales. À cette écrivaine trop peu lue, il faut rendre hommage.

Son roman le plus connu est sans doute Joue-nous « España ». Il parle « du suprême dérangement » que sera l’amour de la narratrice pour Sarah. Dans ce texte, il est question de tout le chemin, géographique, physique et surtout mental, qui dut être accompli pour rendre possible cet amour, pour lui rendre toute sa complétude. Bataille menée dans le doute, mais aussi la force, contre la famille, contre l’éducation… Combat que Jocelyne François racontera encore dans Les Bonheurs.

En 1986, elle écrit Les Amantes. Dans ce récit d’une rare intensité, Jocelyne François a su dire ces lents déplacements du cœur, ces indiscernables modifications qui font les plus immenses mouvements de la vie. Il y est question de deux femmes qui s’aiment, qui s’aiment et construisent leur amour, jour après jour, dans un village du Var, du côté de Sainte-Beaume. La quatrième de couverture d’une des éditions parle des parfums de la garrigue, du vacarme des insectes, de la lumière. L’écrivaine livre cette phrase dont la vérité est d’une éblouissante cruauté : « La douleur veille, jamais elle ne dort ».

Et puis, il y a ce texte : Histoire de Volubilis. Que devient l’amour, même le plus passionné, face à l’épreuve du temps ? Peu, très peu, trop peu de livres parlent de l’amour après. Peu d’écrivains choisissent de raconter le quotidien, ce qui se passe après la rencontre, ce que devient la passion confrontée au quotidien. Jocelyne François le fait avec force, racontant comment, après des années de vie commune, le doute s’insinue. Et comment, encore, il faut se battre pour que durent les choses. Parce que rien n’est définitif. Mais tout peut être irrémédiable. Jocelyne François nous raconte comment la vie forge la vie elle-même.

Les années passent. Jocelyne François parle du temps, du vieillissement, de la maladie. Elle parle du bonheur aussi, ou plutôt des bonheurs. Au fil de son œuvre, le lecteur voit se déployer tout le temps d’une vie, ce temps qui est à la fois si rapide et si lent. Par ses choix d’écriture, Jocelyne François permet au lecteur d’entrer en résonance avec elle. Mais, et c’est là sa grande force, son propos rejoint l’universel. Alors tout nous parle, intimement. Voilà qui est une belle définition de ce qu’est tout simplement l’art. Avec Jocelyne François, nous entrons en littérature. Cette qualité-là est précieuse, s’agissant de textes publiés.

Il est impossible de rendre justice à Jocelyne François en quelques lignes, tant son propos est infiniment plus riche, plus subtil aussi. Jocelyne François a écrit d’autres livres. Il faut faire le détour. Les lire. Les relire. Il faut redécouvrir la lenteur. La beauté aussi. On en sort changé. Irrémédiablement.



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